dimanche 9 novembre 2008

Viol, l'arme de guerre oubliée

De ces si nombreux conflits meurtriers qui ont cours sur le globe, que ce soit en Ex-Yougoslavie, en République Démocratique du Congo, au Rwanda... ou plus proche de nous, au Soudan, les femmes sont souvent les premières victimes. Victimes d'un crime oublié mais non moins horrible dont on pourrait croire qu'il n'en est pas un, tant on en parle peu.
Fatime, Aché, Batoul..trois femmes, trois vies, trois histoires semblables en un point : victimes du même crime horrible: le viol, nouvelle arme de guerre au Darfour.
« La valeur de Batoul a baissé de moitié parce qu'elle n'est plus vierge. L'homme qui va l'épouser ne donnera qu'une vache à ses parents au lieu de deux », déplore Fatime, tante de Batoul. Réalité troublante et révoltante, l'âge de Batoul: 13 ans. Treize ans et cinq hommes...
Fatime et Aché aussi ont connu ce cauchemar. Fatime, le même jour que sa nièce. Aché a elle dû subir la fureur de 7 hommes.
Tous les jours au Darfour des femmes sont violées. Une autre raconte : « Ils m'ont gardée durant dix jours, ils étaient 4. Chaque jour, ils faisaient de moi leur femme ».
Les auteurs de ces viols? Les membres des milices janjawids. Le prix à payer pour tous ces crimes? Une impunité totale, une liberté acceptée, concédée puisque ce sont ces mêmes janjawids qui depuis peu, sont intégrés dans les rangs de l’armée nationale.
Autre pays, autre guerre, même violence et même arme : 1994, le Rwanda et le bilan accablant d’un génocide encore présent dans les esprits: 25000 femmes violées selon l’ONU.
Au Congo Brazzaville aussi, le bilan est lourd. Ce pays a traversé deux guerres successives de 1993 à 2000.
À l’hôpital de Makélélé, selon une étude de Médecins Sans Frontières, 1300 cas de viol ont été recensés entre mai et décembre 1999. Il en résulte que la moitié des femmes violées a moins de 18 ans. Dans les cas de viol collectif, 32% sont commis par deux personnes, 26% par trois personnes, 29% par 4 à 5 personnes, 13% par 7 personnes ou plus. Une femme a même été violée par 15 personnes. Seulement 72 femmes ont pu bénéficier d’une chimioprophylaxie pour le VIH parce qu’elles ont été en consultation dans les 72 heures suivant le viol. Sept ont été testées séropositives. 35 d’entre elles sont tombés enceintes.
Toujours selon MSF, les femmes violées sont parfois victimes d’un conflit qui oppose deux familles.
Violer une femme est donc une manière de porter atteinte à sa dignité, par ricochet à celle de son époux quand elle est mariée ou tout simplement à l’honorabilité de sa famille. Plus encore, ce serait un moyen d’anéantir le comportement jugé trop suffisant d’une fille hermétique aux avances des hommes.
Mais une raison quelle qu’elle soit, saurait-elle valablement justifier ces vies marquées à jamais par la violence de cet acte, ces existences bouleversées par le rejet de la société qui s’en suit dans certains cas et ces rêves anéantis par le poids de maladies que pour certaines, toute leur vie durant elles traîneront ?
Le désir des gouvernants de mettre fin au plus vite aux conflits auxquels font face leurs pays ne devrait pas servir de prétexte à reléguer au second plan ou à les occulter systématiquement.

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