dimanche 23 novembre 2008

Tuer un journaliste, c’est nier le droit de chacun à l’information

Terry Lloyd, Julio Anguita Parrado, Christian Liebig, José Couso, Tarek Ayoub, Nadia Nasrat, Paul Moran, Dina Mohammed Hassan, Enzo Baldoni, Mounir Bouamrane, Taras Protsyuk, Mazen Nada, Ahmad Jassem, Karam Hussein, Hossam Ali, Mahmoud Hamid Abbas, Mickael Kelly, Kotaro Ogawa, Shinsuke Hashida, Waldemar Milewicz, Mazen al-Tomaizi...
Tant de noms différents, tant de personnalités sans doute attachantes. Et autant de destins troublants au nom d’une même passion : l’information. Tous journalistes, ils sont morts depuis le début du conflit en Irak, en mars 2003. Mais ces quelques noms ne constituent que la pointe d’un bien gros iceberg.

Une passion qui coûte chèr

Enlèvements, meurtres, assassinats, emprisonnements, tortures, persécutions… constituent lmenace quotidienne de ces amoureux de l’information que sont les journalistes. Qu’ils se trouvent en zone de conflit ou non, les journalistes dans l’exercice de leurs fonctions font constamment face à un important danger.
Selon l’organisation internationale Reporters Sans Frontières (RSF), à ce jour, 222 journalistes et collaborateurs des médias ont été tués en Irak, alors qu’ils travaillaient pour nous informer.
Actuellement, plus de 127 journalistes sont emprisonnés dans le monde juste pour avoir voulu exercer leur métier. Dans des pays tels que la Chine, le Népal ou encore l’Érythrée, un journaliste peut passer plusieurs années en prison pour un mot ou une simple photo.
La liberté de la presse semble être un bien grand luxe dans certains pays eu égard à toutes les violations que l’on y constate.
Jugez-en donc vous-même : en Corée du Nord, des journalistes sont embrigadés par le parti au pouvoir et doivent appliquer ce qu’on appelle là-bas "le plan permanent d’information" qui hiérarchise strictement l’information. Selon ce plan, la première priorité des journalistes doit être de faire la publicité de la grandeur de Kim Il-Sung, le président nord-coréen et de son fils Kim Jong-il. Ils doivent démontrer la supériorité du socialisme nord-coréen et dénoncer la corruption bourgeoise et impérialiste. Et se voient enfin obligés de dénigrer l’instinct d’invasion des impérialistes et des Japonais.
Mais plus surprenant encore, en 2004, aux États-Unis, 2 reporters ont été sanctionnés pour avoir assisté au concert anti-Bush du 5 octobre intitulé "Vote for change" et un journaliste de la chaîne WJAR-TV10 a été condamné pour avoir refusé de divulguer ses sources à un tribunal. Par la suite, les cas se multiplieront, mettant lourdement en danger un principe, jusqu'ici intangible, du métier de journaliste : la protection des sources.
Contrairement à ce qu'on pourrait penser, la France n'est pas épargnée.

Enlèvements, assassinats et disparitions mystérieuses

Des exemples de journalistes privés de leur vie et de leur liberté, il en existe malheureusement un grand panel car ils sont nombreux à payer d'un aussi lourd tribu l'amour de leur métier.
Si Christian Chesnot, George Malbrunot, Mohammed al-Joundi ou encore Florence Aubenas ont retrouvé la liberté après avoir vécu le calvaire de la prise en otage, d'autres ont eu moins de chance. En Irak, ce pays en proie à tant de violence, Frédéric Nérac de ITN News et Isam Hadi Muhsin Al-Shumary de Suedostmedia sont toujours portés disparus.
Et comment oublier Maria Grazia Cutuli, Julio Fuentos, Harry Burton, Johanne Sutton, Pierre Billaud , Volker Handloik ou encore Azizullah Haidari, tous tombés en Afghanistan en 2001? Jamais ne doit mourir le souvenir de Jean Hélène, Norbert Zongo, Serge Mahesché, Didace Namujimbo assassinés respectivement en Côte d’Ivoire, au Burkina-Faso et en République Démocratique du Congo. Il est par ailleurs à noter que si le meurtrier de Jean Hélène a été condamné à 17 ans de prison, le meurtrier de Norbert Zongo, lui, court toujours.

Nous nous devons de saluer la bravour de tous ces hommes et femmes qui tous les jours, partout dans le monde, luttent et risquent leurs vies pour que qu’une meilleure information puisse nous parvenir. Pour que jamais ne soit vain leur combat, alors qu’ils sont dans les fers, qu’ils sont tous les jours emprisonnés, tués, torturés, persécutés, enlevés…Et pour que jamais ne meurt le souvenir de tous ceux et celles qui ont donné leur vie pour que triomphe la vérité, nous célèbrerons encore, année après année, les 3 mai, sacrée journée internationale de la liberté de la presse, leur courage, leur détermination et leur dévouement... parce que tuer un journaliste, c’est nier le droit de chacun à l’information.

mardi 11 novembre 2008

La liberté d'expression selon Noam Chomsky

"Si l'on ne croit pas à la liberté d'expression pour les gens qu'on méprise, on n'y croit pas du tout." Noam CHOMSKY

lundi 10 novembre 2008

Il meurt sous le regard complice de sa mère

Insoutenable, inqualifiable, inacceptable ou encore épouvantable. Des adjectifs qui tous renvoient à un procès, à un seul événement, à une seule et même date: 25 janvier 2006. Ce jour-là, Marc, 5 ans, trouve la mort à Auby, dans le Douaisis (Nord). Une plaie ouverte aux testicules, un bassin fracturé, une tête boursouflée et bleuie, cinq côtes cassées, une entaille purulente à la lèvre, des yeux clos, cerclés de traces noires et gonflés, des brûlures de cigarette, 66 bleus... témoignent de son calvaire. Celui que lui a infligé un mois durant David Da Costa, son beau-père.

Toxicomane, alcoolique et violent, David Da Costa n'a pas apporté de réponse claire à la cour d'Assises du Nord qui le jugeait le mois dernier. Silencieux, il n'a pris la parole que lorsqu'il lui a été demandé de décliner son identité. A cette requête, ses seuls mots ont été: "De la merde, 38 ans". Son crime, il ne l'explique guère. A le croire, "Marc était son meilleur copain". Un "copain" qu'il a martyrisé, à qui il a infligé les pires sévices, au point de le tuer.
A ses côtés, dans le box des accusés, se trouvaient sept autres personnes qu'il connaît bien : son ex-compagne, la mère de Marc, Isabelle Gosselin; les grands-parents, oncle et tante de Marc; une assistante maternelle et surtout deux médecins, poursuivis pour non-assistance à personne en danger.

Amoureuse et aveuglée

Comment Isabelle Gosselin, cette ancienne nounou de 35 ans, décrite par tous comme une mère attentionnée et aimante, a-t-elle pu se taire devant la souffrance de son fils; son fils "tué, massacré" selon les mots de Michel Gasteau, le président?
Comment a t-elle pu laisser David Da Costa détruire ainsi son garçonnet alors qu'en 2001, comme l'a rappelé Michel Gasteau, elle avait quitté Bruno, le père de Marc, alors qu'il buvait? C'est là la grande question. Question restée sans réponse... ou presque. Quand Isabelle Gosselin prend la parole pour tenter de justifier ce que son propre avocat, Maître Xavier Denis, qualifie de "lâcheté", elle ne tient pas en place. Se balançant d'avant en arrière, elle lance : "Je ne sais pas, je ne sais pas, j'étais amoureuse et aveuglée".
Mais surtout, comment a t-elle pu couvrir celui qui était son compagnon à l'époque des faits, allant jusqu'à prétexter que Marc "s'automutilait, avait des problèmes de comportement, se mettait des couteaux dans la bouche, se jetait des escaliers"?
Toujours est-il que le mensonge de la mère "exemplaire" convaincra tout le monde. Pendant ce temps, le calvaire de Marc se poursuivait dans le plus grand secret.

"A la fin, Marc pleurait sans larmes"

A neuf ans, François, le frère aîné de Marc cherche lui aussi des réponses. Accroché à son doudou, le jeune garçon, finalement seul témoin des violences infligées à Marc par David Da Costa, est venu témoigner du calvaire de son frère.
Visiblement éprouvé, il a raconté les douches froides, les coups de pied, les claques... et puis toutes ces fois où sa mère fermait la porte pour ne pas qu'il regarde ou entende. "Je suis très en colère après ma mère, je ne veux plus la voir. Je suis maintenant dans une bonne famille, je ne veux pas la quitter" a déclaré François au bord des larmes, mais heureux d'avoir tenu la promesse faîte à son petit frère de raconter son calvaire. Un calvaire qui aurait pu être évité.

Des médecins qui n'ont pas vu

Chose surprenante, les deux médecins généralistes qui ont examiné le petit Marc peu avant sa mort, n'ont vu dans l'état de l'enfant aucun signe de maltraitance. L'un d'eux conclura même à un problème psy. Et pourtant, le visage du petit enfant, gonflé et bleui par les nombreux coups aurait dû les mettre sur la piste. Mais non. Pas même les quatre côtes cassées du garçonnet de cinq ans, n'éveilleront chez eux l'ombre d'un soupçon. Pour eux-aussi, Marc s'automutilait. Un jugement altéré par l'image de la mère parfaite qu'ils avaient d'Isabelle Gosselin.
Dans un certificat avec lequel il adressait le petit enfant à un service de pédopsychiatrie, l'un des médecins a écrit ceci : "Nous vous adressons le jeune Marc avec hématomes multiples et manipulations multiples. A noter que je connais la mère et que tout geste malveillant de la part des parents semble à exclure". Cette dernière phrase étant soulignée deux fois. Volonté délibérée de protéger Isabelle Gosselin ou certitude profonde? La question reste posée.

"J'ai tué un enfant, je mérite la peine de mort"

Ces mots de David Da Costa et les regrets qu'il exprimera au cours du procès n'auront guère permis de le disculper. Au bout de deux semaines d'audience, la cour l'a condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Isabelle Gosselin, la mère de Marc, écope elle, de 30 ans de prison.
Quant aux grands-parents de Marc, au frère et à la belle-soeur de l'accusé, ils ont été condamnés à 3 ans de prison avec sursis, pour non-assistance à personne en danger et non dénonciation de crime. Même sentence pour les deux médecins. L'un d'eux qui n'avait même pas retiré le maillot de Marc, le jour où il a reçu le petit garçon en consultation, devra en plus s'acquitter d'une amende de 60 000 €. Pour le second médécin, elle s'élève à 75 000 €.


Le 27 octobre, jour de l'ouverture du procès du petit Marc, Enfance et Partage lançait une nouvelle campagne de mobilisation sur le thème : "Enfants maltraités, ne les privez pas de leur enfance". Comme pour rappeler à tout un chacun que la sauvegarde de notre enfance passe avant tout par la dénonciation de ces crimes inhumains.

Obama : le nouveau rêve américain

Quand il y a quelques mois encore, aux cris de "Yes we can", il parcourait les Etats Unis, certains le prennaient pour un doux rêveur. Et quel rêveur cet Obama!
Il y a quatre ans encore, rien ne laisser présager du destin présidentiel de Barack Obama, ici, avec sa famille, au Kenya.
Et pourtant, il y pensait déjà...


Qui est Barack Obama ?

... porté par sa "meilleure amie": Michelle, son épouse...


Michelle Obama se mobilise pour son mari

... par les people...


Yes We Can - Obama Song

... mais surtout par tout un peuple : le peuple noir qui, il y a quatre décennies, n'avait de droits que ceux que voulait bien lui accorder le peuple blanc.

Obama président, c'est donc pour les Américains noirs, encore marginalisés en Amérique et pour les autres aussi, trop souvent considérés comme des incapables voire des sous-hommes, l'espoir. L'espoir d'une réhabilitation de l'Homme Noir, pour qu'enfin, il soit jugé à sa juste valeur et pas sur la base de queque chose d'aussi futile et insensé que la couleur de la peau.

De Washington à Harlem, de Chicago à Johannesburg, de Port-au-Prince à Nairobi, de Cotonou à Dakar ... en passant par Paris, Londres, Bruxelles, Yaoundé, Kinshasa... pour ceux que l'on appelle vulgairement "les gens de couleur", c'est un rêve qui enfin, prend vie.


Espérons que ce ne soit que le début d'un long rêve et surtout le déclic pour que vous, frères et soeurs "de couleur", compreniez qu'il nous appartient à nous aussi de faire l'histoire et de ne plus juste la subir; de prouver à tous ce que nous sommes : des hommes, doués d'intelligence et de raison. Ni plus, ni moins.

dimanche 9 novembre 2008

Susanne Babila, réalisatrice, raconte le viol au Congo



Viol, l'arme de guerre oubliée

De ces si nombreux conflits meurtriers qui ont cours sur le globe, que ce soit en Ex-Yougoslavie, en République Démocratique du Congo, au Rwanda... ou plus proche de nous, au Soudan, les femmes sont souvent les premières victimes. Victimes d'un crime oublié mais non moins horrible dont on pourrait croire qu'il n'en est pas un, tant on en parle peu.
Fatime, Aché, Batoul..trois femmes, trois vies, trois histoires semblables en un point : victimes du même crime horrible: le viol, nouvelle arme de guerre au Darfour.
« La valeur de Batoul a baissé de moitié parce qu'elle n'est plus vierge. L'homme qui va l'épouser ne donnera qu'une vache à ses parents au lieu de deux », déplore Fatime, tante de Batoul. Réalité troublante et révoltante, l'âge de Batoul: 13 ans. Treize ans et cinq hommes...
Fatime et Aché aussi ont connu ce cauchemar. Fatime, le même jour que sa nièce. Aché a elle dû subir la fureur de 7 hommes.
Tous les jours au Darfour des femmes sont violées. Une autre raconte : « Ils m'ont gardée durant dix jours, ils étaient 4. Chaque jour, ils faisaient de moi leur femme ».
Les auteurs de ces viols? Les membres des milices janjawids. Le prix à payer pour tous ces crimes? Une impunité totale, une liberté acceptée, concédée puisque ce sont ces mêmes janjawids qui depuis peu, sont intégrés dans les rangs de l’armée nationale.
Autre pays, autre guerre, même violence et même arme : 1994, le Rwanda et le bilan accablant d’un génocide encore présent dans les esprits: 25000 femmes violées selon l’ONU.
Au Congo Brazzaville aussi, le bilan est lourd. Ce pays a traversé deux guerres successives de 1993 à 2000.
À l’hôpital de Makélélé, selon une étude de Médecins Sans Frontières, 1300 cas de viol ont été recensés entre mai et décembre 1999. Il en résulte que la moitié des femmes violées a moins de 18 ans. Dans les cas de viol collectif, 32% sont commis par deux personnes, 26% par trois personnes, 29% par 4 à 5 personnes, 13% par 7 personnes ou plus. Une femme a même été violée par 15 personnes. Seulement 72 femmes ont pu bénéficier d’une chimioprophylaxie pour le VIH parce qu’elles ont été en consultation dans les 72 heures suivant le viol. Sept ont été testées séropositives. 35 d’entre elles sont tombés enceintes.
Toujours selon MSF, les femmes violées sont parfois victimes d’un conflit qui oppose deux familles.
Violer une femme est donc une manière de porter atteinte à sa dignité, par ricochet à celle de son époux quand elle est mariée ou tout simplement à l’honorabilité de sa famille. Plus encore, ce serait un moyen d’anéantir le comportement jugé trop suffisant d’une fille hermétique aux avances des hommes.
Mais une raison quelle qu’elle soit, saurait-elle valablement justifier ces vies marquées à jamais par la violence de cet acte, ces existences bouleversées par le rejet de la société qui s’en suit dans certains cas et ces rêves anéantis par le poids de maladies que pour certaines, toute leur vie durant elles traîneront ?
Le désir des gouvernants de mettre fin au plus vite aux conflits auxquels font face leurs pays ne devrait pas servir de prétexte à reléguer au second plan ou à les occulter systématiquement.

Ne pas oublier

Tous les jours dans le monde, des personnes sont victimes de violations flagrantes de leurs droits fondamentaux sous des regards souvent complices.
Pour eux, nous nous devons de ne pas oublier et de ne surtout pas nous taire.